La Tribune du Sport


Coupe Davis : pouvait-on mieux faire en finale contre la Serbie ?

Posted in Coupe Davis & Fed Cup par Roland Richard sur 7 décembre 2010

Un Saladier d’Argent pour la meilleure équipe, tout simplement

Source : Le Figaro

La déception s’est un peu atténuée. La France n’a pas remporté la Coupe Davis dimanche à Belgrade face à la Serbie mais on commence à accepter cette idée, à reconnaître la supériorité de l’adversaire ainsi que l’incroyable page d’histoire du sport que viennent d’écrire, pour leur pays, les Novak Djokovic, Janko Tipsarevic, Nemad Zimonjic et autres Viktor Troicki (photo).

Ce qui est d’abord mal passé, je dois le confesser, c’est la déroute que nous avons subi lors des trois simples perdus. Comme le confiait Guy Forget à France Télévisions, des trémolos dans la voix, « ce qui est terrible, c’est que pendant ce dimanche, nous n’avons jamais entrevu la victoire. »

En effet, Dkokovic (3ème mondial) n’aura mis que 2h14 à se débarrasser, aisément, de notre meilleur joueur, Gaël Monfils (12ème), 6-2, 6-2, 6-4. Et il n’aura fallu qu’une minute et un jeu de moins à Viktor Troicki pour priver la France du bonheur de la victoire. En 2h13min, le 30ème mondial n’aura fait qu’une bouchée de Mickael Llodra (23ème), 6-2, 6-2, 6-3.

Alors que le double avait lui-même mis environ quatre heures et trente minutes à choisir son vainqueur, les Serbes ont ruiné tous les efforts de la bande emmenée par Guy Forget dès le lendemain. Sans sourciller. Sans avoir l’air de se poser de questions. Comme si c’était écrit et bien écrit.

Depuis, j’ai lu la presse et entendu mes proches. Le son de cloche est unanime sur la déception mais malgré tout, quelques bruits m’ont dérangé. Je vais donc tenter d’y répondre et d’enterrer toute critique que l’on pourrait adresser à cette équipe de France.

Guy Forget et son staff ont-ils fait les bons choix contre les Serbes ?

Source : L’Equipe

Il est toujours plus facile de répondre a posteriori à cette question. Mais personnellement, je ne pense pas que Guy Forget (photo) ait fait de mauvais choix. Si Monfils a remporté une victoire nette lors du premier simple contre Tipsarevic vendredi (6-1, 7-6, 6-0), nos Bleus n’ont réussi à accrocher qu’une seule rencontre, celle du double où ils ont d’ailleurs bien failli perdre.

Pour les trois autres, le problème principal s’est appelé Novak Djokovic. Alors qu’on le pensait épuisé d’une saison où il a atteint la finale de l’US Open et où il s’est hissé jusqu’aux demi-finales de la Masters Cup il y a une semaine à Londres, il n’en a rien été. S’il a quelque peu tremblé lors de son premier match contre Simon, il lui a malgré tout infligé une demi-correction (6-3, 6-1, 7-5) qui a pratiquement annulé aussitôt l’ascendant psychologique pris grâce au succès de Monfils. Et le Serbe n’a pas flanché au lendemain d’un double terrible pour les Serbes puisque Zimonjic et Troicki avaient mené 6-3, 7-6 avant de perdre les trois sets suivants, 6-4, 7-5, 6-4. Non, il a attaqué sans relâche, s’appuyant sur une balle très lourde (71 % de premières balles avec un taux de 84 % points gagnés lorsque cette première passait) et sur une capacité de relance exceptionnelle. Car malgré les 72 % de premières de Monfils, le Serbe a gagné 44 % des points sur l’engagement du Français.

Pire que cela, il a réussi à forcer le Français à s’installer dans son rythme puissant, du fond du court. Tout ce que Gaël n’aime pas, lui qui est un joueur de variations, de faux rythmes et de coups de boutoir ponctuels. Certes, Monfils aurait pu (dû ?) gagner la troisième manche puisqu’il a pris deux fois le service de Djokovic. Mais les deux fois, ce dernier s’est montré encore plus agressif et encore plus tenace. Malgré l’énervement et une raquette fracassée, le n°3 mondial a ainsi su faire son retard par deux fois puis finalement gagner le match.

Source : RMC

Ainsi, il est important de souligner la chronologie des événements. Une finale se gagne avant tout dans les têtes. Les Français ont marqué les esprits à deux reprises, la première fois grâce à Monfils, la seconde fois grâce au double. Mais Djokovic (photo) est passé par là les deux fois, remettant ainsi son équipe à flot. Qui peut dire ce qui se serait passé si Troicki avait dû jouer avant Djokovic le dimanche ?

Plusieurs personnes se sont alors demandées, Guy Forget le premier, si le choix de Llodra était une bonne idée. Beaucoup se sont demandés s’il n’y avait mieux, s’il n’aurait pas fallu mettre le remplaçant (Gasquet) en prétextant une blessure de Simon… Eh bien je ne pense pas. Llodra avait tout pour être l’homme de la situation. Tout d’abord, le tournoi se jouait en indoor. Inutile de vous rappeler que le Parisien a frôlé la finale à Bercy, précisément sur une surface semblable. Alors certes l’indoor de Belgrade était un peu plus lent qu’à Paris mais il s’agit quand même du revêtement le plus propice au service-volée. Ensuite, Llodra (23ème) était le joueur le mieux classé après Monfils (12ème) en simple. Enfin, il était le joueur le plus expérimenté (30 ans) mais aussi le plus en forme avec Monfils, en témoignent ses derniers résultats en Coupe Davis (victoire contre Verdasco en quarts, puis contre Monaco en demi) mais aussi en général. Il n’a jamais été aussi bien classé de toute sa carrière et il restait sur cette demi à Bercy perdue d’un rien contre Söderling (le Suédois qui a battu Nadal puis Federer à Roland Garros ces deux dernières années). Il avait au passage, en huitièmes, battu un certain Novak Djokovic en deux manches…

Il faut donc bien comprendre que Guy Forget avait le projet légitime et logique d’aligner Mickaël Llodra dès le premier simple. Mais il ne l’a pas fait pour le protéger physiquement. Car si Llodra s’était blessé, c’en était fini du double… Il manquait donc un joueur de haut niveau dans le groupe car il manquait en réalité un point à prendre contre Djokovic.

Une chronologie qui a permis à Troicki d’y croire…

Dans cette chronologie si particulière qui a vu Djokovic joué systématiquement pour « égaliser », Troicki (photo) a pu trouver les ressources de livrer un match absolument magnifique contre Llodra en bout de course. Au lieu de le paralyser, cela l’a survolté. Troicki imbattable ? Il avait pourtant encaissé lui-même presque cinq heures de jeu la veille, et de surcroît, il avait perdu. Ce qui n’était pas le cas de Llodra. Oui mais voilà, il y avait 2-2 au tableau d’affichage.

Source : Mondo.rs

Alors certes, Llodra aurait pu prendre le jeu à son compte s’il avait breaké d’entrée alors que Troicki semblait un peu perdu dans le premier set à 1-0, 15-40. Certes encore, Llodra n’a pas su saisir les occasions dans ce premier set de manière générale. Il n’a pas su libérer son jeu et il s’est logiquement incliné 6-2 contre moins fort que lui – et c’est probablement ce qui devait le frustrer le plus. Mais dans les deux autres sets, il a joué un tennis solide avec une première qui s’est maintenue au-dessus des 60 %, ce qui pour lui est important car il cherche les lignes sur sa mise en jeu. Alors pourquoi a-t-il perdu ?

Parce que Troicki a fait le match de sa vie dans les 2ème et 3ème sets, très certainement. Comme vous le savez, lorsqu’un joueur gagne un match, il a eu une moyenne de 30-35 % de points gagnés sur le service adverse, cela suffit en général amplement pour breaker les quelques fois nécessaires et gagner. Troicki était à 52 %… Alors que Micka a eu une première qui est rentrée 64 % du temps sur l’ensemble de la rencontre (et qu’il a lui-même retourné victorieusement 36 % des services serbes), il a perdu un point sur deux sur son propre engagement. Llodra a fait un match honnête pour gagner. C’est bien Troicki qui a signé un exploit particulièrement exceptionnel, enchaînant les frappes sur la ligne pour obtenir un total de 58 points gagnants en trois sets secs… (des stat’ que Federer envierait !).

Ce qui demeure le plus impressionnant, c’est ce dernier chiffre. Comme vous le savez, Llodra monte beaucoup au filet. Il y est allé 41 fois contre Troicki mais il n’y a gagné que 10 points. Avec tout cela, vous pouvez mesurer le caractère exceptionnel du match livré par Troicki qui a su, grâce à son revers aussi puissant que précis ainsi que ses innombrables passings, faire perdre un Llodra pourtant dans un bon jour à partir de la seconde manche.

Alors que peut-on regretter pour cette édition 2010 de la Coupe Davis ?

Source : France Soir

Au-delà de la défaite bien sûr, on peut regretter plusieurs choses :

1) La blessure de longue durée au genou de Gilles Simon, qui l’a amputé de toute la première moitié de sa saison. Il n’a ensuite réussi qu’un seul coup d’éclat digne de son talent avec une victoire à Metz en septembre. Sa saison grevée par les pépins physiques l’a fait chuté au classement puisqu’il pointe à la 41ème place alors qu’il a été 7ème mondial.

2) Mais cette absence prolongée de Simon aurait pu être compensée s’il n’y avait pas eu les blessures récalcitrantes de Jo-Wilfried Tsonga, le haut de la cuisse à droite tout contracté à Roland Garros puis à présent le genou gauche, blessure subie lors du tournoi ATP de Montpellier début novembre.

3) On pense aussi aux mois d’errance d’un Richard Gasquet qui regrettera peut-être toute sa carrière cet épisode de mars 2009, à Miami, où il a été contrôlé positif à la cocaïne. Même s’il a finalement été blanchi (sans jeu de mots) dans des conditions pour le moins surprenantes par le Tribunal Arbitral du Sport, le Biterrois a perdu du temps, a consommé beaucoup d’énergie à prouver son innocence et n’a regagné son niveau passé que de manière fugitive.

4) Des quatre « mousquetaires » que la France se vantait d’avoir retrouvé il y a encore un ans, il ne restait donc que Gaël Monfils. L’équipe de France et ses responsabilités ont dès lors pesé de tout leur poids sur celui dont on sait que la constance mentale n’est pas sa plus grande qualité.

Source : Sud Ouest

Malgré cela, Monfils (photo) a su puiser dans ses ressources pour battre tour à tour Kohlschreiber en huitièmes, David Ferrer en quarts et David Nalbandian en demi-finales, soit respectivement les 34ème, 7ème et 27ème joueurs mondiaux. Maintenant, il n’a eu l’étoffe de battre des top 4 qu’à Bercy où il a successivement battu Murray et Federer. Il aurait fallu renouveler l’exploit pour battre Djokovic, ce qui n’a pas pu être fait tant le Serbe a bien joué devant son public.

Je conclurais donc en disant ceci. L’équipe de France ne pouvait structurellement pas battre cette Serbie, qui plus est devant un public serbe absolument honteux. Les sifflements systématiques lors des mises en jeu tricolores ont été indignes du tennis. Mais qu’importe, lors des trois défaites françaises, il n’y en avait pas besoin. Par ailleurs, et au-delà de la performance des joueurs, on peut clairement dire que la Serbie avait très certainement davantage besoin de cette victoire que la France. Après le succès de Troicki, la liesse s’est emparée de Belgrade qui n’avait jamais connu un triomphe international dans l’un des sports-rois… Nous ne pouvons donc que nous incliner et leur donner rendez-vous pour l’année prochaine. En espérant que Tsonga en sera, et que Simon et Gasquet seront revenus au plus haut niveau.

L’ombre du football et de Knysna a-t-elle revitalisé les autres sports cet été ? L’exemple de la Coupe Davis (2ème partie)

Posted in Coupe Davis & Fed Cup par Roland Richard sur 23 septembre 2010

La première partie.

 

De l’importance décisive de l’image médiatique comme corrélatif des performances

 

Source : Lequipe.fr

Dans un monde où l’image médiatique est omniprésente, l’exemplarité du sportif est une donnée essentielle. Non pas seulement pour des raisons politico-morales d’identification des jeunes aux sportif(ve)s professionnel(le)s, mais tout simplement parce que dans une grande majorité des cas, les athlètes modèles ont une véritable constance dans leurs résultats. Conscients de leur talent, ils se remettent néanmoins en question à chaque échec. Pour un joueur ou une joueuse de tennis, l’entraîneur, n’ayant qu’une personne en charge, participe de cette mise à plat régulière.

De là, on peut affirmer que si les moyens financiers du football sont certes conséquents, le fait que les salaires des entraîneurs frisent avec ceux des joueurs n’est pas tout à fait normal. Ils devraient être supérieurs parce qu’ils gèrent avec leur adjoint et parfois leur président, une trentaine de personnes, qui plus est très jeunes.

La gestion humaine d’un Arsène Wenger n’est donc pas comparable avec celle d’un Guy Forget qui, avec Lionel Roux, ne prend en main que cinq bonhommes en même temps. Construire un groupe n’est pas aisé pour autant mais demeure moins difficile. Même si le tennisman est un sportif qui a naturellement tendance à l’égoïsme : regardez Federer qui a laissé la Suisse descendre en 2ème division du groupe mondial le week-end dernier, ou bien Nadal qui, pour gagner l’US Open – ce qu’il a, heureusement pour lui, réussi –, a laissé l’Espagne passer à côté d’un troisième succès consécutif, et ses coéquipiers tomber dans le traquenard français.

En somme, loin de moi l’idée de minimiser la performance des Gaël Monfils, Mickaël Llodra, Teddy Rinner, Lucie Décosse, Camille Lacourt (photo), Alain Bernard, Christophe Lemaître et autres Myriam Soumaré. Mais n’oublions pas que la honte footballistique a très certainement eu un effet positif sur les sportifs des autres disciplines, qu’il s’agisse des sports individuels (athlétisme, natation, judo, tennis) ou même des sports collectifs (le basket et le huitième d’une France privée de cinq de ses meilleurs joueurs reste un bon bilan en championnats du Monde).

Car comment expliquer la coïncidence troublante, au-delà des efforts des fédérations comme des sportifs, de voir la France réaliser ses meilleurs championnats d’Europe d’athlétisme de toute son histoire (18 médailles dont 8 en or), idem pour la natation (21 dont 8 en or) ainsi que ses meilleurs mondiaux de judo (6 breloques dont 2 en or) ? Et dans les trois cas avec une domination quasi sans partage de la France. De la même manière pour le tennis, Nicolas Escudé, capitaine de Fed Cup, analysait dans son style cru mais efficace : « 3-0 contre l’Espagne, 3-0 contre l’Argentine, ce n’est pas loin d’être deux branlées ». Avec au passage des épisodes aussi improbables que magnifiques : Llodra qui bat Verdasco et Monfils, Nalbandian. Les sportifs français de tous horizons ont su se saisir du naufrage du football pour apaiser une souffrance due à un manque d’amour et d’attention du public français. La décadence passagère du ballon rond a ainsi servi d’émulateur aux autre sports.

 

De l’éternité de l’image footballistique face la fugitivité de l’image tennistique

 

De l’autre côté, le terme « reconstruction » règne dans les médias à propos de l’équipe de France de football. Et contrairement à ce que pensait Bixente Lizarazu le 20 juin au soir sur TF 1, peu importe que l’« image » des footballeurs ne soit pas très bonne, du moment que les résultats sont là. Il y a d’autres sports, comme le rugby, dont la charge symbolique est de défendre des « valeurs » qui lui sont traditionnellement attachées. L’« image », en foot, n’est pas décisive en soi. Mais elle est souvent le reflet du niveau réel d’une équipe ou d’un joueur. Pour l’exemple, malgré le mea culpa général prodigué par la France à Zidane, la Coupe du Monde 2006 s’est soldée par une victoire italienne. Un coup de tête, une défaite. Et pourtant, l’image de Zidane n’en a pas souffert tandis que celle de Domenech (photo), en dépit de la présence en finale, est restée pratiquement la même. Souvenez-vous aussi de Maradona à qui l’on a pardonné ses excès parce qu’il a été champion du Monde avec l’Argentine.

Faites le test chez vous. Jusqu’ici, on excuse l’inconstance de Monfils, les errances de Gasquet ou bien la jeunesse turbulente de Llodra car en décembre, ils participeront à la 7ème finale de Coupe Davis de la France depuis 1945. Mais si l’on venait à perdre cette finale, tous les griefs ressurgiront. Et à raison. Car les défauts précités sont toujours présents chez les joueurs concernés mais ils ont pour l’instant su les dépasser. Si jamais ils perdent, ces problèmes seront immanquablement présents dans la liste des éléments expliquant la défaite.

Car l’image est versatile partout, sauf en football. Elle peut à la fois blanchir en cas de succès et condamner en cas d’échec. Ce qui a généré la haine des Bleus, et les journalistes l’ont souvent dit, c’est qu’on associait la grève, le manque de dignité hors du terrain et d’intelligence sur le terrain, à l’incompétence de Domenech. En foot, l’image ne bouge pas, Domenech mettra des années à retrouver les médias dans de bonnes dispositions, si tant est qu’il le souhaite. Et s’il est certain que vous vous souviendrez de Domenech pendant des années comme d’ un personnage hautain, dans douze mois, vous aurez oublié Camille Lacourt et vous hésiterez sur le prénom de Christophe Lemaître.

Source : RFI

Pour conclure, l’image en tant que représentation que l’on a d’un sportif ou d’une sportive varie énormément selon les sports et les contextes. On peut globalement dire que quelqu’un qui a une mauvaise image, comme Hatem Ben Arfa (photo) par exemple, voit ses performances aller avec son comportement, les premières étant souvent corrélées au second.

On peut également affirmer qu’ une personnalité du football a une image qui va rester davantage dans les mémoires, tout simplement parce que sa présence médiatique est beaucoup plus importante que celle d’un tennisman ou d’une judoka. De cette manière, malgré un comportement changeant ou incorrect ponctuellement, que l’image soit négative ou positive elle demeure : Zidane est un saint sur Terre, Domenech est un incompétent notoire. Pour que cet état de fait change, il faut des années et les titres ou les échecs n’y changent pas grand chose, Christophe Dugarry est là pour le prouver. Il a mis près de dix ans à s’imposer à Canal Plus après l’arrêt de sa carrière de joueur alors qu’ il était champion du Monde. Détesté quand il était sur le terrain, il est aujourd’hui respecté et présenté comme le meilleur consultant technique de la télévision.

Enfin, la troisième et dernière conclusion, c’est que les sports autres que le football sont maladivement jaloux de lui. Et qu’à la première occasion, ils ont tout fait pour le faire passer pour un foyer de gens mal élevés, gâtés et irrespectueux. Mais malgré les performances exceptionnelles des athlètes, des nageur(se)s, des judoka(te)s, des tennismen et même des cyclistes, ces derniers ne rétabliront pas l’équilibre avant des années. Peut-être jamais d’ailleurs si l’omerta sur le dopage dans le football reste celle qu’elle est actuellement. Vous pouvez filmer sept joueurs de tennis qui font la ronde, il y aura toujours plus de monde devant Bosnie-France que devant la finale de Coupe Davis. Quelle que soit l’issue.

L’ombre du football et de Knysna a-t-elle revitalisé les autres sports cet été ? L’exemple de la Coupe Davis (1ère partie)

Posted in Coupe Davis & Fed Cup par Roland Richard sur 23 septembre 2010

De la détestation des footballeurs causant l’adoration des autres sportifs

 

Source : L’Equipe

Curieusement, la victoire du double français en Coupe Davis ne m’a pas empli de la joie attendue. Au contraire. La constante référence au désastre moral, politique et sportif que représente la Coupe du Monde de football pour mieux souligner la qualité de l’exploit réalisé par les équipes nationales d’athlétisme, de natation, de judo et de tennis masculin a quelque chose de malsain. Mais sans doute de logique, à défaut d’être légitime.

La France du sport a trop souffert ces dernières années de l’hégémonie de son héraut aux revenus (668 millions d’euros par saison pour la Ligue 1) et aux dépenses outrancières (transferts exorbitants avant la saison 2009-2010 par exemple). Le football a agi comme un monstre médiatique tentaculaire, attirant à lui une gigantesque partie des fonds financiers aussi bien publics (en raison des 2 millions et quelques de licenciés) et privés (diffuseurs, sponsors).

Dès lors, la grève de Knysna et son 20 juin fatidique ont eu un effet libératoire pour les autres sports. Sans cesse sous le feu des critiques, le football a traduit en quelques moins la passion déraisonnée qu’il suscite, passant d’une affection violente au rejet le plus complet.

La France s’est redécouvert un intérêt pour les sports de base, l’athlétisme à l’occasion des championnats d’Europe de Barcelone et la natation lors des championnats continentaux à Budapest (août). Mais aussi pour le basket-ball où Ali Traoré, joueur de l’équipe de France, a rappelait encore à quel point les problèmes du foot restaient ceux d’un sport d’enfants gâtés – sans être évidemment aussi explicite. Enfin pour le tennis où pour la première fois depuis l’après-Guerre, excepté avec Yannick Noah en 1991, on a vu une équipe de France aussi soudée que prometteuse.

Georges Deniau, entraîneur de l’équipe de France de Coupe Davis vainqueur en 2001 enfonçait d’ailleurs le clou dans L’Equipe lundi : « On a affaire à des gars intelligents. Qu’on ne me fasse pas rire, la qualité n°1 d’un sportif, c’est l’intelligence ! », avant d’ajouter « Ensuite vient la volonté. » En creux, et probablement sans arrière-pensée critique, ce coach victorieux parlait bien des deux qualités qui avaient cruellement manqué aux footballeurs.

De la qualité humaine d’un entraîneur

 

Source : Sport365

Pire, son commentaire lapidaire, logé dans un petit paragraphe du quotidien sportif, mettait en lumière deux autres éléments décisifs pour un succès sportif : « L’autre gros atout, c’est Guy Forget. C’est le meilleur capitaine de Coupe Davis que je connaisse » puis d’affirmer « maintenant, l’idéal serait que cette énergie collective se transforme en énergies individuelles pour pousser les gars jusqu’au top 3 et aux titres du Grand Chelem ».

Bien sûr, disposer d’un capitaine aussi charismatique et intelligent que Guy Forget (photo), joueur des deux finales gagnées de 1991 et 1996, c’est un avantage indéniable. Malgré cela, l’ancien joueur du top 10 n’a disputé que deux finales en neuf ans. Et pourtant, c’est bien cette stabilité, doublée d’une légitimité préservée malgré l’échec terrible dès les huitièmes de finale l’an passé, qui a permis à Forget cette année d’offrir aux « nouveaux mousquetaires » les victoires justifiant ce nom, de pouvoir le porter sans rougir et de confirmer le potentiel qu’on leur prêtait.

Comme le disait Eric Winogradisky, l’entraîneur de Jo-Wilfried Tsonga, ce qui est le plus frappant chez ces Bleus-là, c’est « la cohésion. [Or cette] cohésion, c’est le fruit du travail de Guy et du staff qui ont su comprendre un mode de fonctionnement d’une nouvelle génération de joueurs et s’y adapter. » Il y a là tout ce que n’a pas su faire Raymond Domenech, délégitimé, non pas par son absence de titres comme les journalistes et spécialistes l’ont sans cesse rabâché, mais par sa communication catastrophique qui a lancé les observateurs de tous bords dans une entreprise, peu glorieuse, de destruction de son image auprès du public. Et cela a marché.

En France, Domenech est l’ennemi médiatico-public n°1. A tel point que les journaux étrangers, notamment anglo-saxons, se plaisaient à penser, sans y croire sérieusement, que Domenech était un parfait bouclier pour les difficultés rencontrées par le président Sarkozy. Si l’on poussait le raisonnement, on imaginerait presque que les Rohms expulsés depuis un mois symbolisent une suite logique dans ce que J.-P. Chevènement a appelé avec finesse, « une politique de déviation » de la part du président de la République. Tout plutôt que de parler d’austérité budgétaire, de l’affaire Woerth et des retraites. Mais cette logique trahirait un cynisme terrible que je me risquerais pas, eu égard à la souffrance réelle des gens, à prêter au gouvernement français.

De l’esprit du joueur resté humble

 

Source : L’Equipe

Malgré cela, on ne peut pas seulement, si l’on veut être objectif, accorder d’importance, dans l’issue d’ un événement sportif, à un entraîneur défait et détesté d’un côté(Domenech) et à un capitaine victorieux et sanctifié de l’autre (Forget). La question des joueurs, de leur « cohésion » et de leur abnégation tient une place de choix dans l’explication d’un succès ou d’une déconvenue.

G. Deniau pense que si les Tsonga, Monfils et autres Gasquet venaient à remporter un Grand Chelem et à se positionner dans le top 3, il serait plus difficile de les battre. A mon sens, rien n’est moins sûr. Parmi les cinq joueurs cités et sanctionnés par la commission disciplinaire de la Fédération française de football, tous ont gagné la Ligue des Champions (Evra, Anelka, Abidal) ou atteint la finale (Ribéry). Seul Toulalan n’est pas détenteur d’un titre international (champion ou vice-champion) et il était a posteriori d’ailleurs le plus contrit et le plus empreint de regrets.

Chez nos tennismen, parmi les sept joueurs qui ont composé tour à tour l’équipe de France face à l’Allemagne, l’Espagne et l’Argentine, aucun n’a remporté un Grand Chelem (sauf Llodra en doubles) et un seul a gagné un Masters 1000 (Tsonga).

Marqués par les stigmates des échecs répétés face aux membres du top 5, nos Français auraient-ils grâce à cela conservé une certaine humilité ? J’en suis intimement convaincu. Gasquet à deux reprises, Simon et Monfils une fois chacun ont tous les trois perdu les finales de Masters qu’ils ont disputées. Tsonga a quant à lui échoué en finale de l’Open d’Autralie, tout comme Clément (photo, à g.) en son temps. Tandis que ni Chardy, ni Llodra, n’ont pour le moment pu espérer arriver à un tel niveau en simples.

Finalement, comment trouver l’équilibre entre nourrir l’ambition d’un joueur, ambition qui peut renverser des montagnes, et protéger l’humilité qui permet de ne jamais sous-estimer l’adversaire ? C’est cette gestion des egos qui est probablement la compétence la plus difficile à acquérir pour un entraîneur.

La deuxième partie.

Llodra et Monfils en force, 2-0 pour la France !

Posted in Coupe Davis & Fed Cup par Roland Richard sur 18 septembre 2010

Llodra tire le premier !

 

Source : LeParisien

Lyon. Gerland. Une ambiance bouillante. Une performance remarquable. Tout était réuni en ce vendredi ensoleillé pour une victoire indoor poignante : une tension terrible, une atmosphère incomparable, des adversaires de haut niveau et finalement une libération.

 

Michaël Llodra (30ème mondial, photo) est arrivé sur le court dans la peau d’un joueur de simple inattendu pour la première opposition de ce France-Argentine de tennis contre Juan Monaco (33ème). Après la performance de Richard Gasquet (29ème) à l’US Open où le Biterrois a atteint les huitièmes de finale, on le pensait favori pour accompagner Gaël Monfils en simples, en l’absence de Jo-Wilfried Tsonga. Mais Guy Forget a voulu reconduire l’équipe de France victorieuse face à l’Espagne. Concentré et appliqué, le Parisien a donné raison au capitaine des Bleus. Dans la première manche, il a paru brutalement rentrer dans son match après dix jeux disputés où il avait dû s’employer pour débreaker. A 5-5, surgissait une première en plomb et des agressions permanentes. Remportant sa mise en jeu, il réussissait ensuite à breaker Juan Monaco au meilleur des moments. En un peu moins d’une heure de jeu, il menait donc un set à rien.

 

Le match demeurait toujours aussi indécis dans la seconde manche tant les deux hommes étaient proches. Assénant des coups de boutoir du fond du court, l’Argentin réussissait une nouvelle fois à prendre le service de Llodra à 2-2. Pas d’une manière spectaculaire mais en commettant très peu de fautes (3) et en étant très régulier (73 % de premières), il égalisait à l’arrachée, 6-4. Le troisième set était de la même veine mais néanmoins, le Français semblait plus mordant, plus incisif. Rentrant bien plus rapidement dans le carré de services pour volleyer après ses premières lui permit d’asphyxier le jeu de Monaco basé sur les échanges longs. Remportant 91 % des points disputés derrière sa première, la pression mise sur les épaules de Monaco gagna progressivement son jeu. Crispé, il concédait deux premières occasions à 5-4 mais les effaçait. Llodra parvenait finalement à conclure le set en breakant à l’ultime moment, d’un dernier revers décroisé surpuissant, 7-5.

 

Dès lors, la rencontre tourna nettement à l’avantage du Parisien. Accusant le coup moralement et ne s’offrant aucune chance de prendre le service de son adversaire, Monaco subit les attaques déterminées d’un Llodra libéré et en confiance. En quatre manches (7-5, 4-6, 7-5, 6-3) et 3h22min, le Français a su progressivement monter en puissance grâce au public.

 

La France glanait un premier point absolument décisif et prenait l’avantage, 1-0.

 

Monfils, un athlète hors-normes face à un Nalbandian séché physiquement

 

Source : RMC

Sur les cinq matchs, il s’agissait de la rencontre décisive. Celle qui déterminerait pratiquement tout. Gaël Monfils (15ème, photo) affrontait un David Nalbandian (28ème) considéré par beaucoup comme l’un des plus grands joueurs du circuit lorsqu’il n’est pas blessé. Guy Forget le présentait même comme un joueur du top 3 mondial quand il joue bien.

 

Malgré cela, La première manche fut assez nettement à l’avantage du Français. D’habitude fantasque, le tricolore a au contraire su serrer le jeu. Tout a d’ailleurs commencé avec break d’entrée ! Intraitable en retours (43 % de points gagnés sur service adverse alors qu’une bonne moyenne oscille entre 30 et 35 %), il a su très vite imposé son jeu et son rythme à David Nalbandian. En s’appuyant par la suite sur un service solide (63 % de premières balles), il a remporté 82 % des points joués derrière sa première et claqué dix aces.

 

Alors qu’on avait laissé Gaël en proie à ses sautes de concentration contre Novak Djokovic en quarts de l’US Open, le Français s’est une nouvelle fois transcendé pour parvenir à mettre en échec l’Argentin tant redouté. Mieux, dans une forme d’euphorie mettant au jour une remarquable variété technique, le Français a complètement fait déjouer son adversaire. Défendant au mépris de son corps, il a fait craquer son adversaire, le limitant à sept coups gagnants quand lui-même en produisait vingt. En 38 minutes, il s’imposait logiquement 6-4.

 

Mais dans le second set, Monfils perdit sa constance et la faveur des statistiques, comme la domination, s’inversèrent. Dès le premier jeu, on put sentir le nouvel état d’esprit qui était celui de Nalbandian. Mordant et prêt à endurer mille maux pour faire souffrir son adversaire, il doublait la dose en puissance comme en précision. Se rapprochant des lignes, il faisait ainsi davantage courir Gaël et annulait les effets de la défense aussi athlétique que spectaculaire du chouchou de Gerland. La décision se fit alors très vite. A 2-1, l’Argentin empochait un break logique et commençait à voler sur le court comme il le faisait en 2007 en indoor lors de ses victoires à Madrid et Bercy. Epoustouflant en retour, il brisa progressivement la confiance acquise par Monfils lors du premier set, tant et si bien que le taux de premières du Français chuta à 45 % sur l’ensemble du second set (alors qu’il était à 65 % au premier).

 

Dans la foulée, l’Argentin s’essayait à une association qui allait se révéler destructrice : accentuer ses frappes à plat du fond du court pour favoriser des montées bien senties et déposer des volées amorties extrêmement difficiles techniquement à exécuter. Nalbandian effectua la première, et la plus spectaculaire, lors du cinquième jeu, lui aussi glané par l’Argentin, 4-1. Ces montées au filet furent incontestablement la clef du succès (9/10 réussies dans le second set). Par la suite, le 28ème mondial continua de faire reculer Gaël qui était parfois acculé à cinq mètres derrière les lignes tant les mines propulsées étaient difficiles à maîtriser. A 5-2, Nalbandian se payait même le luxe d’un break blanc qui lui permetait non seulement d’égaliser (6-2) mais aussi de commencer à servir dans le troisième set.

 

Source : Ladepeche.fr

Malgré cela, l’orgueil blessé, Gaël se remobilisa et cela lui fit accéder à un niveau de concentration improbable avec un 80 % de premières passées dans une manche. Les deux opposants firent de moins en moins de fautes (6 pour Gaël, 4 pour Nalbandian) et le niveau atteignait des sommets remarquables. Bonifiant cette concentration, le Français résistait sur l’engagement de l’Argentin et le prit dès le quatrième jeu. Menant rapidement 3-1 puis 3-2, la tension était à son comble et chacun y allait de son jeu blanc, 4-2 puis 4-3 pour Monfils. Dans ce contexte, le break fut un bien précieux que Gaël s’évertua à protéger et à conserver jusqu’au terme d’un set qu’il achevait sur un jeu de services blanc, 6-4.

 

Le quatrième épisode de ce choc revêtait une importance absolument décisive car, comme expliqué plus haut, on pouvait douter du fait que Llodra puisse se débarrasser de Nalbandian dans un duel en simples, dimanche. Il fallait donc empêcher l’Argentin de respirer et éviter à tout prix qu’il n’égalise à deux manches partout. Monfils le savait mais les efforts consentis pour gagner le troisième set semblaient se payer d’entrée puisqu’après trois fautes directes, le Français craquait sur son engagement et Nalbandian prenait le large, 3-0.

 

Mais Gaël ne lâchait rien et se nourrissait du soutien indéfectible du public lyonnais. Il haranguait la foule pour une énième fois et débreakait au terme d’un point magnifiquement bien amené offensivement avec plusieurs attaques lourdes, dont une magistrale en coup droit décroisé, 3-2. Et bientôt 3-3. Avec une faute de pied en plein milieu de son engagement, l’Argentin montrait que le doute s’insinuait en lui. Il se déconcentrait et concédait une nouvelle fois son service pour un break du Français, 4-3 ! Irrésistible, le Français poursuivait son incroyable come-back dans le set en remportant sa mise en jeu et en breakant dans la foulée, 6-3. Six jeux consécutifs face à l’un des meilleurs joueurs indoor du monde relevait d’une performance exceptionnelle. Car si l’on savait Gaël capable d’élever son niveau de jeu depuis sa finale en indoor à Bercy en novembre dernier, on ne le croyait pas aussi fort mentalement. Notamment grâce à ses 27 aces, il défaisait un adversaire que l’on craignait particulièrement depuis sa victoire à Washington, en 2 heures et 35 minutes intenses (6-4, 2-6, 6-4, 6-3).

 

Grâce à lui, la France mène 2-0 avant le double de ce samedi après-midi.