La Tribune du Sport


De l’utilisation judicieuse du jeu au pied

Posted in Les bases par Frédérick Bridonneau sur 27 mars 2009

Le coup de pied défensif

Bien entendu, lorsque une équipe est acculée (j’insiste bien sur le terme « acculée ») dans ses 22 mètres, elle doit être capable de se dégager. Dans ce cas-là, un coup de pied profond devient une nécessité pour repousser l’adversaire le plus loin possible. Mais ce coup de pied doit être adapté au jeu de l’équipe adverse. Prenons plusieurs contextes :

  • Si l’équipe adverse a une excellente relance, il faut alors privilégier un coup de pied plus court (s’il peut être long, évidemment c’est mieux) mais où l’on est sûr que le ballon sortira du terrain et ira en tribune. Ainsi, l’adversaire ne pourra relancer rapidement et sera privé de munitions qui, potentiellement, s’avéreraient très dangereuses pour la défense en phase de replacement, comme c’est majoritairement le cas dans une configuration de ce type.
  • Si l’équipe a une énorme conquête en touche, il est préférable, dans ce cas-là, de privilégier une stratégie d’occupation et forcer l’adversaire à une relance ou à rejouer au pied derrière. En effet, une stratégie de pressing haut, notamment par l’arrière et les ailiers, sur les possibles joueurs qui risquent de relancer peut ainsi pousser le relanceur à la faute. Ce qui dans certains cas vaut mieux qu’une touche mal négociée qui, en tant que lancement de jeu de conquête, peut s’avérer fatal à une équipe.
  • Si l’équipe possède ces deux qualités, bonne relance et bonne conquête en touche, il vaut mieux alterner les deux techniques de façon à prendre de court et créer de l’incertitude dans le placement offensif des joueurs adverses. Viser l’espace libre est également une solution, afin de maintenir le ballon en jeu mais surtout d’obliger l’équipe attaquante à passer sur une phase défensive.

Cependant, dans un contexte plus favorable, il faut se poser la question : le jeu au pied est-il l’arme idéale pour aller créer la confusion dans la défense adverse ? Car bien souvent, le rideau défensif est en place avec notamment un premier rideau souvent constitué d’avants. Etre capable de s’adapter au contexte situationnel est essentiel. Entre une relance qui peut créer une instabilité dans une défense constituée d’avants et un coup de pied qui peut offrir un bon ballon à négocier à l’adversaire, lui laissant potentiellement le temps de réorganiser son jeu rapidement et ainsi de contrer, le choix semble pourtant assez simple. La fatigue et le stress d’un match tendu font nécessairement perdre un peu de lucidité aux joueurs dans leur analyse de la situation. Or, bien souvent, c’est précisément cette bonne capacité d’analyse situationnelle qui permet de transformer une situation défavorable en une action plus prometteuse.

Le coup de pied offensif

Source :Yahoo

L’abus de coups de pied s’observe surtout en attaque et peut correspondre à plusieurs choses. Il peut d’abord être un projet de jeu en soi, comme ce fut le cas en 2003 avec l’Angleterre championne du Monde de Wilkinson mais dénote souvent un problème de continuité dans les phases offensives et de confiance dans le projet de jeu mis en place par le staff et l’équipe. Jouer essentiellement avec du jeu au pied semble facile mais pour gagner ainsi, c’est l’ensemble des joueurs d’une équipe qui doivent être préparés à la stratégie choisie. Loin de moi l’idée de remettre en cause ce projet de jeu qui lorsqu’il est bien construit et assimilé peut s’avérer diablement efficace mais je constate que, bien souvent, il s’agit d’un choix par défaut, par manque d’ambition et par nécessité de résultats immédiats.
Etudions maintenant les différentes options qui se présentent au jeu de pied lors d’une attaque.
Après un dégagement défensif l’équipe adverse qui désormais défend se replace mal et donne l’occasion d’une bonne relance. Bien souvent, seul un ou deux joueurs adverses font l’effort de se remettre en jeu et offre la possibilité de tenter le petit coup de pied par-dessus. Il s’agit d’un coup de pied déposé juste au-dessus des défenseurs afin que l’attaquant le récupère et puisse enchainer sa contre attaque en ayant effacé la plupart des défenseurs. A mon avis, il s’agit du geste le plus compliqué à réaliser techniquement car il fait encourir un risque assez grand à l’attaque.
Lors des phases d’attaques après phase de conquêtes directes, le jeu au pied est fortement adapté à deux contextes donnés :

  • Lorsque l’adversaire pratique un rush-défense (ou défense inversée) qui provoque la montée en pointe rapide du premier rideau défensif, le coup de pied rasant ou la chandelle sont deux armes très efficaces. Le premier libère de l’espace et bloque la montée défensive, les défenseurs se retrouvent ainsi pris de vitesse ouvrant beaucoup d’espace et permettant à la ligne d’attaque de n’avoir que le troisième rideau à affronter de face. La chandelle offre la même possibilité de déstabilisation mais pousse la montée de l’arrière sur le ballon. L’arrière a ainsi davantage d’alternatives pour contrer et pour gêner l’attaque. Cependant, L’avantage de la chandelle sur un arrière adverse plutôt faible sur les ballons hauts, ou par temps pluvieux, est indéniable. Autrement, elle peut s’avérer très utile pour l’alternance dans le jeu. Si le jeu a pour habitude de se déployer excessivement au large, la chandelle est une excellente manière d’alterner et de prendre de court la défense.
  • La passe au pied transversale est une tactique très utile notamment lorsqu’il y a surnombre de l’attaque et que l’équipe adverse défend en zone. Dans ce type de stratégie défensive, les défenseurs venant couper les extérieurs et privant ainsi les attaquants de déployer le jeu au large, la passe au pied s’avère indispensable. Elle doit être également utilisée si le numéro 10 attaquant a une passe assez courte. Car le but de ce coup de pied est de déplacer sur la largeur le jeu et ainsi de voir un ailier vif et rapide prendre de court la défense. Dans la plupart des cas, ce jeu sera déployé par le demi de mêlée.

Il reste à étudier le jeu par-dessus qui se pratique en sortie de mêlée, c’est-à-dire tapé par-dessus. Il est assez risqué car, si les avants ne protègent pas le joueur qui tire, le contre survient très vite… Il est difficile de classer ce jeu dans un contexte plus qu’un autre.

Et enfin, pour finir, le coup de pied qui permet de scorer : le drop goal ou drop. Ce dernier doit être utilisé à bon escient pour concrétiser un temps fort dont toutes les tentatives pour aller à l’essai ont échoué. Tenter systématiquement un drop est une erreur. En effet, la défense s’adapte rapidement à cette stratégie. Il faut donc pouvoir alterner vite et avoir une capacité forte d’adaptation situationnelle pour alors cristalliser la défense en un point, et permettre ainsi d’écarter plus facilement le jeu au large et surtout de créer des espaces dans une défense qui s’attend à un drop.

Conclusion

Le jeu au pied présente notamment plusieurs avantages indéniables dans des situations données. Renier l’apport du pied dans le rugby moderne est une hérésie. Mais, si le projet de jeu n’est pas fait pour mettre dans une situation idéale la gestion du pied, il pose de sérieuses questions. Comme évoqué plus haut, pour les équipes qui adoptent un jeu au pied à outrance, le pied peut alors avant tout relever d’un manque d’ambition et de continuité dans le jeu. Il semble offrir des résultats plus rapidement visibles, mais ne s’agit-il pas de résultats à court terme ? La mise en place d’un jeu qui s’est adapté de la meilleure manière possible au contexte situationnel – que ce soit via un gros jeu d’avants basé sur des percées, des mauls et de la conservation ou par la mise en place d’un jeu de mouvement – est pour moi la qualité essentielle d’un bon plan de jeu. Etre stéréotypé sur un jeu et ne pas être capable de s’adapter au contexte, à la météo ou à l’arbitrage est un problème qui n’est pas propre à l’abus du jeu au pied constaté ces derniers temps. L’adaptation au contexte situationnel reste à mon avis la meilleure solution pour mettre en place un jeu prometteur sur du long terme. Mais cette capacité d’adaptation exige des joueurs et des entraîneurs un investissement et une formation adaptés à ce projet. Un tel système pose également la question des effectifs et de la stabilité de tous les côtés (joueurs et entraîneurs) mais également de la formation donnée au sein du club aux jeunes espoirs. La question qui émerge de cette conclusion est : dans un sport devenu aujourd’hui , le temps de construire et de mettre en place un plan de jeu plus exigeant techniquement et tactiquement peut-il être encore envisagé, avec l’obligation de résultats que connaît le sport de haut niveau ?

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La H Cup

Posted in Les bases par Frédérick Bridonneau sur 30 décembre 2008

La H Cup : qu’est-ce ?

La H Cup est le nom donné à la coupe d’Europe de rugby. Son équivalent dans le football est la Ligue des Champions (ou Champion’s League). Le "H" vient du principal sponsor de cette compétition, Heineken. Il s’agit d’une compétition assez récente qui décerna son premier titre au Stade Toulousain en 96.

La H Cup : son déroulement

La H Cup compte 6 poules de 4 avec un système de phase aller-retour. Les premiers de chaque poule sont qualifiés en phase finale, les deux meilleurs seconds sont qualifiés également.
Par la suite seule la finale se déroule sur terrain neutre.

La H Cup : les qualifiés

Les 6 premiers des championnats anglais (Premier League) et français (Top 14) sont automatiquement qualifiés pour l’édition de la H Cup. Trois franchises irlandaises et galloises sont automatiquement qualifiés pour l’édition suivante selon les résultats en Ligue Celtique. Suite aux divers problèmes financiers de la fédération écossaise, il ne reste plus que deux franchises écossaises en Ligue Celtique, ces deux dernières sont toujours qualifiées en H Cup afin de maintenir le rugby écossais en Europe. La meilleure équipe galloise ou irlandaise au classement est qualifiée comme dernier membre. Le vainqueur ou le finaliste (si la finale se joue avec un des membres de la Ligue Celtique) de la dernière édition offre un strapontin supplémentaire aux Français ou aux Anglais, avec comme exemple cette année Montauban. Deux clubs italiens sont également qualifiés pour cette compétition.

La H Cup : palmarès

Le club le plus titré au niveau européen est le Stade Toulousain avec 3 titres, suivent les WASPS et le Munster entre autres. Niveau français, seul Brive a la chance de posséder une étoile mais plusieurs autres clubs ont joué des finales : Colomiers, Stade Français, Biarritz et Perpignan.

La H Cup : ses problèmes

Le fait que seulement le premier de chaque poule soit qualifié ne pose pas de problème en soi mais le fait que seuls les deux meilleurs seconds se qualifient également pose de vrais problèmes. Quelle valeur a la place de second entre la poule de Biarritz et la poule de Clermont, cette année ? Entre affronter les Sharks et le Munster et de l’autre côté uniquement Cardiff, Gloucester et un club italien, les poules sont déséquilibrées.

La H Cup : mes réponses

Pour moi, la solution passe essentiellement par l’ajout de deux nouvelles poules avec une représentation plus forte des clubs italiens et un système de tournoi avec des clubs portugais, roumains, espagnols ou géorgiens. Bien sur introduire d’autres places dans les championnats existant s’imposent. Guy Novès préconise lui un système à 4 poules.

Le Top 14

Posted in Les bases par Frédérick Bridonneau sur 30 décembre 2008

Le Top 14 : qu’est-ce ?

Le Top 14 était jusqu’à cette année le nom donné au championnat de France de rugby. Il regroupe, comme son nom l’indique les 14 meilleurs clubs de l’élite du rugby français.
Il a dernièrement changé de nom pour devenir le "Top 14 Orange", montrant ainsi l’engouement de plus en plus grand du rugby en France.

Comment le championnat se déroule-t-il ?

Le championnat se déroule de la manière suivante : une phase aller-retour et des phases finales : demi-finale et finale. Les 4 équipes terminant aux premières places sont ainsi qualifiées pour les phases finales.
Les phases finales voient s’affronter sur terrain neutre le premier contre le quatrième et le second contre le troisième.
Les vainqueurs se retrouvent en finale.

Le titre : un nom si gaulois

Les vainqueurs reçoivent le bouclier de Brennus. Ce trophée si particulier dans le monde du sport est pour beaucoup de clubs français supérieur aux trophées européens. Il provoque un engouement exceptionnel.
Certains clubs courent après le bout de bois depuis tellement longtemps qu’il revêt une importance primordiale dans la culture du club. Comment ne pas penser à Clermont et ses neuf finales perdues ? Ou à la domination sans partage du grand Bezier dans les années 70 ou à la régularité du Stade Toulousain et sa domination du début des années 90 ? Toutes ces fresques ont su faire rêver des générations entières derrière leur club et ainsi entretenir une convivialité très forte.

La finale : la traversée de Paris

Il est de coutûme que la finale se joue à Paris et ainsi une déferlante de supporters de toute la France monte soutenir une équipe.

Le Top 14 : en vrac

Les 6 premières places sont qualificatives pour la grande coupe d’Europe : la H Cup, les autres places mènent vers la challenge cup. Les deux derniers du championnat descendent en Pro D2 et deux équipes de Pro D2 montent (celle qui termine première de la phase régulière et celle qui gagne la finale).

Le championnat en chiffre :

L’équipe la plus titrée dans le championnat est Toulouse avec 17 titres. Clermont est un des clubs les plus malchanceux en finale avec 9 défaites.

Les grands noms du rugby français :

  • Toulouse
  • Stade Français
  • Perpignan
  • Agen
  • Castres
  • Bézier

Le Top 14 aujourd’hui :

  • Mont de Marsan
  • Castres
  • Bourgoin
  • Toulon
  • Biarritz
  • Dax
  • Montpellier
  • Montauban
  • Brive
  • Clermont
  • Bayonne
  • Perpignan
  • Stade Français
  • Stade Toulousain

Les problèmes du Top 14 :

Les principaux problèmes du Top 14 viennent du calendrier démentiel infligé aux équipes et aux joueurs. Les 26 matchs de championnat + 6 de coupes d’Europe font déjà que le calendrier est surchargé, entrainant une sur-utilisation des joueurs, des effectifs et provoquant de graves blessures (Poitrenaud, Clerc). A cela s’ajoutent les doublons championnat/ équipe nationale et nous arrivons à un rendu complètement fou ! La pérennité du championnat passe par son aménagement. L’autre gros problème du Top 14 vient de son championnat à trois vitesses : haut de tableau, ventre mou, survie. Le championnat n’est clairement pas au niveau de son homologue anglais.

Quels aménagements pour le Top 14 ?

Mes principales pistes d’aménagement passent par une réduction du nombre d’équipes participantes ou alors une forte augmentation du nombre d’équipes avec uniquement des phases aller et finale.
La concentration des meilleurs joueurs semble poser un problème à plusieurs personnes. Personnellement, je soutiens le contraire : si un club comme Toulouse attire, c’est grâce à un travail de fond, d’installation, de préparation. Pourquoi imposer aux joueurs d’aller où ils ne veulent pas aller ? Certains mettraient bien en place un système de draft, encore une fois, je réponds non. Il est trop facile de compter sur le centre de formation des autres clubs pour rester au niveau. Pourquoi des clubs comme Paris ou Biarritz profiteraient-ils des efforts faits par les centres de formation? Le championnat restera à deux vitesses tant que les autres clubs ne feront pas l’effort soit d’avoir une pérennité financière conséquente, soit d’investir dans des installations dignes de ce nom. Le rugby de clocher risquerait de céder sa place à un rugby plus professionnalisant. Une évolution consisterait,selon certains, à franchiser le Top 14, j’ai détaillé mon point de vue à ce sujet.