La Tribune du Sport


Les bleus essorés par la machine ukrainienne

Source : 20 Minutes

Source : 20 Minutes

La France s’est inclinée 2-0 hier en Ukraine au terme d’un match collectivement et tactiquement dominé par les Slaves. Ce barrage de Coupe du monde est bien mal engagé avant le retour au Stade de France mardi.

 

Ces Bleus sont lunatiques, cyclothymiques, changeants, inconstants et donc prodigieusement exaspérants : capables d’arracher un nul aux allures de victoire en Espagne, ils avaient ensuite été naïvement battus à la maison par ces mêmes champions du monde. Un match emblématique de leurs deux visages ? La Biélorussie. Fébriles et menés deux fois à Gomel, les Coqs avaient su marquer trois buts en neuf minutes pour finalement l’emporter (4-2).

 

Fini le jeu offensif, flamboyant et « hispanisant »

 

Ce vendredi soir, ce fut un éternel recommencement et Didier Deschamps n’y est malheureusement pas étranger. La France restait sur une réconfortante embellie. Trois victoires (dont la Biélorussie) avec treize buts inscrits et seulement deux encaissés. On entrapercevait de l’enthousiasme. Avec Giroud qui proposait de nouvelles solutions tactiques, Benzema qui retrouvait le chemin du plaisir et Ribéry qui élevait la France dans son sillon de potentiel Ballon d’or. Bref, de quoi se ragaillardir !

Source : LeNouvelObs

Source : Le Nouvel Obs

 

Et patatra, la France s’incline 2-0 devant une Ukraine que l’on jalouse ce matin : un réel plan tactique, une discipline à toute épreuve, un public fiévreux dans un Olympic Stadium de Kiev bondé et une envie sans faille. Tout ce que la France n’a que trop rarement.

 

Partons du présupposé qui était celui de la plupart des observateurs : la France est supérieure, techniquement et individuellement, à une Ukraine sans stars.

 

Mais voilà qu’à la lueur de la composition, on savait déjà que la France n’était pas venue pour entreprendre. Fini le plan de jeu espagnol. Le 4-3-3 annoncé défensif (avec Cabaye, Pogba et Matuidi) avait pourtant de la gueule à mes yeux. Cabaye est aérien depuis plus d’un an et surtout éminemment collectif. Nasri n’est pas l’un à Manchester et trop peu l’autre. Confier les clefs du 4-2-3-1 (devant Pogba et Matuidi) au Citizen, c’était prendre le risque de voir le jeu s’enliser dans une conservation du ballon certes élevée, mais sans fluidité et sans vitesse. Un exemple ? Cette conduite de balle solitaire alors que la France avait un quatre contre quatre à négocier à la demi-heure de jeu. Résultat ? Nasri s’empale… tout seul sur un défenseur sans « lâcher » le ballon…

Lloris (cap)

Debuchy – Koscielny – Abidal – Evra

Pogba –  Matuidi

Rémy – Nasri – Ribéry

Giroud

Source : LeParisien

Source : Le Parisien

Pire que cela, l’infortuné Nasri avait clairement une consigne : reculer dans le rond central et expédier des ballons aériens à Giroud pour un jeu long tristement sans ambition. Une relance aérienne dont la responsabilité incombait aussi à Koscielny, c’est ce qu’avait choisi Deschamps pour contrer le pressing slave, il est vrai très dense. Bilan ? Une pelletée de ballons perdus en première période (3e, 7e, 11e, 18e, 26e). Et quand par bonheur, cela arrivait à destination, c’est le pauvre Loïc Rémy qui s’est montré maladroit : une transversale pour Ribéry loupée (20e) puis, sur une remise de Giroud, un contrôle manqué (27e).

 

Ce choix tactique reste une énigme. Pourquoi jouer long ? Parce que Giroud est grand ? Mais le Londonien est surtout un pivot technique (à la différence d’un Brandao), excellent dans les remises au sol à Arsenal. En tout cas, ça n’a pas fonctionné, la défense ukrainienne ne s’est jamais fait surprendre et a nourri la confiance de l’ensemble de l’équipe en première période.

 

Il n’y a pas eu que du jeu long mais les centres ne furent pas beaucoup plus heureux (3e, 16e, 22e, 48e). A l’exception de cette tête de Giroud, cadrée mais bloquée facilement par Pyatov, sur un centre de Debuchy (5e).

 

L’absence d’occasion tricolore a mis les Ukrainiens en confiance

Ribéry pris par Fedetskiy (Source : RTL)

Ribéry pris par Fedetskiy (Source : RTL)

 

Au final, aucune occasion en première période sinon cette situation dangereuse où le jeu fut (enfin !) vertical. Pogba jouait de sa puissance pour renverser un Ukrainien, servait Nasri, tout proche d’offrir à Ribéry, dans la surface, une balle  de but. Pour le reste, aucune passe au sol « Ligue des Champions » comme l’appelle Frédéric Antonetti, c’est-à-dire aucune transmission de quinze-trente mètres capable d’éliminer le premier rideau ukrainien.

 

Côté jaune et bleu, on évoluait bien plus haut que prévu : pressing jusqu’à vingt mètres DANS la moitié de terrain des Bleus avec un 4-5-1 remarquable d’opiniâtreté. Ribéry eut pour sa part deux « amis » durant tout le match : le latéral droit ukrainien Fedetskiy et le capitaine et milieu de terrain relayeur droit, Rotan. Les deux pitbulls ont joué leur partition à la perfection, parfois relayés par le défenseur central Kucher. A tel point que Ribéry est peu à peu sorti de son match et a même échangé quelques insultes avec Edmar à la pause.

Zozoulia

Konoplyanka – Edmar – Iarmolenko

Stepanenko – Rotan (cap)

Shevchuk – Kucher – Khacheridi – Fedetskiy

Pyatov

Offensivement en première période, les Ukrainiens n’ont pris que des risqué modérés et ont évolué, sciemment, avec une équipe coupée en deux en 4-2-4 (Rotan et Stepanenko restant seuls dans l’entrejeu). Les quatre joueurs offensifs ont suffi pour faire souffrir la France.

 

Iarmolenko entre Matudi et Evra (Source : L'Express)

Iarmolenko entre Matuidi et Evra (Source : L’Express)

Les fameux « faux pieds », à l’aile, se sont illustrés (comme prévu). L’ailier droit (gaucher donc) Iarmolenko a d’abord tenté de trouver, sans succès, Zozoulia (25e).L’ailier du Dynamo Kiev s’est après mué en passeur pour Rotan dont le centre atterrissait sur la tête plongeante d’Edmar, non cadrée (29e). L’autre ailier, Konoplyanka, droitier de son état, a lui vu sa première frappe contrée (32e) avant de voir la seconde déviée in extremis en corner par Debuchy (39e).

 

Rassurée mais éprouvée par l’intensité de son pressing, l’Ukraine choisit le contre en deuxième période

 

La deuxième période fut d’une physionomie très différente. Les Ukrainiens ayant consenti beaucoup d’efforts pour coller aux basques des Français pendant quarante-cinq minutes, Mikhaïl Fomenko a transformé sa formation en équipe de contre en 4-1-4-1 (avec Rotan ou Stepanenko servant de milieu-balai entre les lignes et Zozoulia restant seul devant). Ribéry a donc eu un peu plus d’air (en théorie) mais il a du coup forcé son jeu pour trouver des solutions.

 

Durant ce premier quart d’heure après la pause, la France s’est malgré tout procuré quelques situations : une tête cadrée de Giroud sur un coup-franc de Nasri (47e), un bon centre de Rémy repoussé en corner (52e), une reprise acrobatique un peu compliquée de Rémy (55e) ou encore un très bon centre de Matuidi mais sans que Giroud et surtout Rémy ne puissent reprendre (59e). C’est peu mais c’était mieux que rien.

 

Lloris ne pourra que freiner le ballon sur la frappe de Zozoulia (Source : Le Parisien)

Lloris ne pourra que freiner le ballon sur la frappe de Zozoulia (Source : Le Parisien)

On constate au passage que Deschamps avait clairement décrété l’arrêt d’urgence de la machine à jeu long…

 

La France, convalescente, allait mieux. Et bim, ce fut pile le moment où l’Ukraine ouvrit le score grâce à un superbe jeu en triangle Stepanenko-Zozoulia-Stepanenko-Edmar-Zozoulia (61e). Le côté droit de la défense française, qui nous inquiétait beaucoup moins que le duo Evra-Abidal à gauche, fut pris en défaut : Koscielny est en retard et Debuchy s’écroule…

 

Derrière, la France s’est jetée à corps perdu dans la bataille. Avec davantage d’application et de puissance dans leur frappe, Nasri comme Sissoko (remplaçant de Rémy) auraient même pu égaliser (65e puis 69e). Koscielny a lui réussi à devancer la sortie du portier Pyatov sur un corner mais sans trouver les filets (80e).

 

Source : Le Nouvel Obs

Source : Le Nouvel Obs

Le « match d’une vie » avait annoncé le sélectionneur Fomenko, ancien grand défenseur de l’URSS. Et c’est bien sur une défense héroïque, brisant tous les autres élans tricolores, que l’Ukraine a construit sa victoire. La solidité des arrières galvanisant les attaquants et notamment l’intenable Zozoulia. Antonetti avait prévenu dans L’Equipe : « Leur avant-centre n’est pas très grand mais, physiquement, il est impressionnant : il n’arrête pas de bouger. » Pris en défaut sur le premier but, Koscielny fut cette fois pris en faute… D’abord en ceinturant Zozoulia puis en lui donnant un coup (léger il est vrai). L’addition des deux fautes offrit un pénalty à Iarmolenko. Une nouvelle fois, Lloris toucha le ballon mais une nouvelle fois l’Ukraine marqua, 2-0 (83e).

 

Les Français avaient été bernés tactiquement. Usés physiquement par le pressing slave en première période et psychologiquement par les fautes incessantes des Ukrainiens (Ribéry doit porter ce matin les stigmates des innombrables semelles reçues hier), les Français n’ont jamais trouvé la solution face à une équipe insubmersible.

 

Un énième tacle de Kucher, cette fois les deux pieds décollés, sur Debuchy fit déborder ce vase de frustration. En cause sur les deux buts, Koscielny se rua sur le défenseur du Chaktior. Kucher le provoqua du buste et le Gunner lui mit une tarte. Expulsion logique (90e). Ce carton rouge aurait très bien pu offrir un troisième but aux Ukrainiens en contre en toute fin de match. Mais heureusement, Abidal, seul face à trois jaunes, parvint à contenir l’attaque et à patienter jusqu’au retour victorieux de Debuchy.

 

Le bilan est amer :

 

> L’Ukraine est restée souveraine défensivement et n’a encaissé aucun but lors de ses 8 derniers matchs (toutes compétitions confondues). Il faudra pourtant aux Bleus mettre au moins trois buts pour éliminer les Ukrainiens.

 

> Les Jaune et Bleu sont invaincus depuis 12 rencontres (10 victoires, 2 nuls). L’Angleterre, la Pologne et la France s’y sont cassé les dents.

 

> Le pressing ukrainien a été très souvent à la limite de l’agression. L’arbitre turc, très bon dans l’ensemble, aurait pu, peut-être, se montrer un peu plus sévère en matière de cartons (au final, l’Ukraine n’a pris qu’un carton jaune de plus que les Bleus !). Même si Kucher fut finalement expulsé à la 93e pour un énième tacle dangereux.

 

> Deschamps a voulu utiliser le jeu long pour contrer le pressing ukrainien en première période, sans succès.

 

> Quand le sélectionneur français a changé son fusil d’épaule en deuxième période, les Bleus ont eu des occasions mais trop tard, les Ukrainiens étaient déjà trop en confiance grâce à leur excellente première période.

 

> Rémy a semblé complètement perdu dans son placement en première période. Ailier puis deuxième avant-centre (à partir de la vingtième minute), le Magpie a déçu aussi par son manque de justesse technique.

 

> Pogba et Matuidi sont les seuls à avoir surnagé dans cette rencontre. Déménageur à la récupération, le Turinois a été le véritable moteur des Bleus en attaque, manquant malheureusement de précision par moment. Matuidi a lui évolué parfois comme un troisième défenseur central et a fait souffrir les Ukrainiens à la récupération.

 

> En défense, Abidal est le seul à avoir réalisé des gestes de grande classe (une relance, une tête et un bon placement entre la 45e et la 61e) avant ce sauvetage serein dans la tempête en toute fin de rencontre qui préserve une maigre chance pour les Bleus. A 3-0, le match aurait été définitivement plié.

 

Après cinq matchs sans défaite, la rechute est brutale pour la France. Le jeu à l’espagnole qu’on avait senti poindre ces trois dernières rencontres (Biélorussie, Australie, Finlande) a disparu pour deux raisons et je terminerai avec cela. D’abord, parce que cette fois, les latéraux n’ont pu monter qu’avec parcimonie. Le risque de voir les ailiers ukrainiens, talentueux, s’engouffrer dans leur dos étant trop grand. La répartition du jeu français sur la largeur s’en est ressenti, facilitant le pressing ukrainien.

 

Ensuite parce que la France n’a jamais utilisé le jeu vertical (ou si peu), les redoublements de passes ou la conservation de balle frustrante pour l’équipe adverse. Là, cette démarche revient malheureusement à Deschamps, passé à travers hier soir dans ses choix (titulariser Nasri comme utiliser le jeu long). On peut perdre un match. Mais pas tactiquement quand on a le passé de « Dédé » et pas collectivement quand on sait la maîtrise technique que peuvent avoir les Bleus.

 

Roland RICHARD

@rolandrichard

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