La Tribune du Sport


Un tournant historique pour la Ligue 1

Source : Europe 1

Source : Europe 1

Hier soir, la victoire du PSG à dix contre onze contre l’OM au Vélodrome représentait bien davantage que trois points ou bien un moment-clé de la saison. On est à la charnière d’une transformation du championnat.

 

Arrêtons-nous un instant sur ce qui s’est passé hier et prenons un peu de recul. Hier, un club est allé s’imposer à l’extérieur en étant en infériorité numérique pendant les deux tiers du match. Ce simple constat inspire l’admiration pour le PSG mais aussi l’inquiétude pour Marseille.

 

L’OM était pourtant dans un Vélodrome bouillant, à guichets fermés, et face à son rival juré. A la demi-heure de jeu, les Phocéens mènent 1-0 grâce au pénalty d’A. Ayew et sont en supériorité numérique avec l’expulsion conjointe de Thiago Motta (le meilleur Parisien avec Ibrahimovic depuis le début de saison).

 

Source : LeParisien.fr

Thiago Motta heurte Valbuena (Source : LeParisien.fr)

Quatre défaites pour un OM trop français…

 

Comment Marseille en est donc arrivé à perdre ? Les raisons sont à la fois conjoncturelles et structurelles. La conjoncture était très défavorable à Marseille après la lourde correction reçue à Dortmund mardi en Ligue des Champions (0-3). Si l’on étend le contexte à ce qui se passe depuis le 1er septembre (depuis un gros mois), les hommes d’Elie Baup n’ont remporté aucun des quatre grands matchs qu’ils ont eu à disputer : Monaco (1-2), Arsenal (1-2), Dortmund (0-3) et Paris (1-2).

 

Le mimétisme du score des défaites face à Monaco, Arsenal et Paris est tout sauf le fruit du hasard. A chaque fois, Marseille a très bien démarré contre ses trois équipes. Face à Monaco, c’est l’ensemble de la première période qui fut de très bonne facture (but de Mendes à la 44e). Contre Arsenal, Marseille a même dominé un peu plus que cela jusqu’à ce que Walcott profite de la bévue de Morel (65e). Hier, l’OM a pris les devants grâce à Ayew (30e) mais aurait très bien faire la différence plus tôt sans un excellent Sirigu (notamment ces deux arrêts à la 21e). A chaque fois, l’OM a perdu (deux fois par incapacité à tenir le score et, contre Arsenal, par inefficacité devant le but).

 

Les vice-champions de France réussissent toujours leurs entames mais après, l’étau de la logique française les rattrapent. Cet esprit de gagne-petit qui permet d’espérer qu’un seul but suffise. Ou du moins que le premier but inscrit va pousser l’équipe adverse à se livrer et qu’il n’y aura plus qu’à la cueillir en contre.

 

Source : Sports.fr

Source : Sports.fr

« On aurait dû être un peu moins naïfs » (E. Baup)

 

La « naïveté » que reprochait Elie Baup à ses joueurs pour avoir laissé approcher les Parisiens jusqu’à ce qu’ils obtiennent le pénalty de la victoire, cette candeur définit malheureusement assez bien ce qu’est trop souvent le football français. On aurait voulu que Marseille s’extrait de sa condition, enflamme son stade et produise du jeu à tout va comme il l’avait face à Saint-Etienne.

 

Cela remet en perspective cette phrase du Phocéen Rod Fanni après la rencontre : « Contre les grosses équipes, à part à Dortmund, ça ne tient pas à grand-chose. On ne se fait pas trimbaler. » Or ce qui compte en vrai, ce n’est pas de bien figurer, c’est de gagner. En ce sens, Mathieu Valbuena s’est montré bien plus lucide dans sa conclusion : « On n’est pas une grande équipe. »

 

« Le PSG est bien plus qu’une équipe de L1 »

 

Dans le papier principal de L’Equipe, Raphaël Raymond comparait le match d’hier « à un huitième de finale de Coupe de France, quand un pensionnaire du National tente de résister face à une formation de Ligue 1 ». Avant de faire tomber le couperet : « Si l’OM n’est pas une équipe de troisième division, le PSG est bien plus qu’une équipe de L1. »

 

Source : BFMTV.com

Source : BFMTV.com

Car le PSG n’est pas enfermé dans ces calculs d’apothicaire. Paris est ambitieux. Dévoré même, par son ambition. Quand on voit les images de joie de fin de match entre Marquinhos et Van der Wiel, ou bien de Matuidi, on se dit que le PSG est désormais gouverné par l’envie de renverser l’Europe.

 

Laurent Blanc y est pour beaucoup. D’abord tactiquement. Je l’ai toujours pensé. Sur ce plan-là, il s’agit du meilleur technicien français en activité. Son inventivité, sa capacité de réaction et sa vision du jeu en font un entraîneur hors-normes. Mais bien souvent, cette qualité ne suffit pas. Raymond Domenech ne me contredirait sûrement pas. Hier, les changements tactiques de Blanc pour répondre à l’expulsion de Thiago Motta ont été particulièrement fins en conservant une formation très forte dans l’axe (4-3-2), la base de son jeu.

 

En outre, deux détails : peu importe l’expulsion de Thiago Motta, Cavani a encore joué dans l’axe hier dans les phases offensives, tout en gardant son couloir avec abnégation en défense (comme face à Benfica) ; et le travail des latéraux est exceptionnel, donc le choix de Van der Wiel entièrement validé. Déjà excellent mercredi contre Benfica, c’est le latéral droit qui a servi Maxwell hier pour l’égalisation hier soir.

 

Blanc a métamorphosé le PSG

 

Ok pour la tactique. Mais j’étais en revanche très sceptique sur sa gestion humaine. La fin de ses mandats à la tête des Girondins et de l’équipe de France inspirait au minimum la méfiance. Au final, que constate-t-on ? Ibrahimovic n’a jamais été aussi collectif. Et aimé. Verratti ne se fait plus expulser et il a encore franchi un cap. Van der Wiel rayonne enfin comme un vice-champion du monde. Blanc sait aussi gérer les méformes (Pastore) et les mécontentements (Ménez) avec poigne. Son travail et la confiance qu’il a su insuffler sont loués par ses joueurs. En tous points, pari réussi.

 

Source : Melty.fr

Source : Melty.fr

Enfin, sur le plan du jeu. Cette équipe respire la sérénité, la générosité, l’enthousiasme et l’envie. En témoigne ces inlassables replis de Cavani sur le plan défensif… La dernière fois qu’un attaquant de sa trempe a défendu autant, c’était Samuel Eto’o avec l’Inter en 2009-2010 et les Milanais avaient fini champions d’Europe.

 

Mais plus généralement, ce milieu à trois Verratti-Matuidi-Thiago Motta (Blanc touche du bois, l’Italo-Brésilien se blesse moins) ; cette animation offensive plus seulement basée sur le contre ; cette volonté de gagner à tout prix comme hier à la mi-temps quand les Parisiens se sont dit que même à dix, ils pouvaient s’imposer… Paris est transfiguré, capable d’étriller 3-0 la 6e équipe d’Europe en Ligue des Champions le mercredi et, non seulement de ne pas perdre le match d’après (comme c’était parfois le cas l’an passé), non seulement de le gagner, mais de l’emporter à dix contre onze !

 

En somme, Paris ne joue plus dans la même cour que les autres clubs de Ligue 1. Sauf d’un seul, toujours leader à la différence de buts, le Monaco de Claudio Ranieri. C’est tout sauf un hasard si le club de la principauté est allé arracher le nul au Parc des Princes. Confirmation, on se dirige tout droit vers une Ligue 1 hispanisée avec deux têtes de gondole riches et volontaires dans le jeu (Paris-Monaco ; Real-Barça) puis quelques clubs qui gravitent derrière en jouant très bien alternativement (Marseille-Lyon-Saint-Etienne-Lille ; Atletico Madrid-Valence-FC Séville-Villarreal).

 

Roland RICHARD

@rolandrichard

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