La Tribune du Sport


Et si la France la jouait à l’espagnole ?

Source : Sports.fr

Source : Sports.fr

La France s’est rassurée en s’imposant 4-2 en Biélorussie à Gomel. Un avant-dernier match de qualifications pour le Mondial 2014 où la France a été menée deux fois avant de finalement l’emporter, avec certaines caractéristiques tactiques du jeu ibérique.

 

Vous allez me trouver résolument optimiste mais le match d’hier soir m’a rassuré. Pas seulement à cause de l’issue heureuse, pas seulement à cause de la capacité de révolte à l’origine de celle-ci, mais à cause de la tactique mise en place, notamment en deuxième période.

 

Au fur et à mesure que je vois l’équipe de France, je me dis qu’il faut cesser de centrer à tout va et que le modèle le plus probant pour les Bleus est peut-être finalement celui de l’Espagne. Toutes proportions gardées bien sûr.

 

Je m’explique, lors du match contre la Géorgie, la France a centré une quinzaine de fois et n’a réussi à trouver preneur dans la surface qu’à l’heure de jeu.

 

Centrer doit rimer avec surprendre

 

Source : Sport24

Source : Sport24

Hier, les Bleus ont beaucoup moins centré (une demi-douzaine de fois) et ont finalement marqué quatre buts (un seul à la suite d’un centre). Pourquoi ? Parce que face à une équipe très regroupée comme face à une grande équipe, les centres ne sont efficaces que s’ils viennent conclure un contre (c’est-à-dire s’ils prennent par surprise) ou bien s’il y a cinq joueurs qui se projettent dans la surface de réparation. Dans le cas contraire, les défenses sont aujourd’hui trop bien organisées, avec un marquage en zone, pour se laisser berner par un ou deux attaquants téméraires mais solitaires.

 

Face à une équipe biélorusse qui a beaucoup défendu (moins que la Géorgie certes), la France n’avait donc aucun intérêt à centrer car, tendue par la nécessité d’une victoire, elle s’est montrée bien trop frileuse pour projeter quatre-cinq joueurs dans la surface de réparation biélorusse et, il faut bien le dire, elle n’a pas les centreurs pour. Sagna en tête du pourcentage de déchet dans ce secteur sur les deux derniers matchs.

 

Didier Deschamps en a donc pris son parti en sortant Benzema et en délaissant le 4-4-2 en ligne qui favorise ce jeu de centres. Il a réutilisé le 4-2-3-1 (en première période), devenu un 4-1-1-3-1 avec, dans un rôle de n°8, Paul Pogba placé entre la sentinelle Matuidi et le feu follet Valbuena. A gauche, Ribéry, à droite Payet. Deux joueurs de percussion, dribbleurs et capables d’aller chercher la frappe en repiquant dans l’axe. Devant, Giroud seul trônait.

 

Je ne blâme pas Sissoko et Guilavogui mais les retour de suspension de Matuidi et Pogba ont métamorphosé l’équipe de France.

 

Enfin du jeu long !

 

Source : L'Equipe.fr

Source : L’Equipe.fr

Je dois avouer que le joueur de la Juventus Turin, fraîchement sacré champion du monde des moins de 20 ans, m’a impressionné hier. Tenant compte de sa remarquable maturité tactique, Deschamps lui a demandé de s’essayer au jeu long en première période. Il est vrai sans beaucoup de réussite au départ (2e, 18e, 23e). Mais au fur et à mesure, Pogba s’est montré plus précis (29e) jusqu’au but de l’égalisation. Petit ballon piqué de Pogba au-dessus du premier rideau défensif à destination de Giroud en position de pivot. L’avant-centre d’Arsenal tient le choc physiquement et sert Ribéry dans l’intervalle. Fauché dans la surface par le portier biélorusse, le Bavarois transformera lui-même le pénalty (1-1, 47e).

 

Tout n’a cependant pas été parfait pour Pogba puisque c’est lui qui était au marquage de Filipenko sur l’ouverture du score sur corner (32e).

 

Plus globalement, la France a bien plus utilisé le jeu long face à la Biélorussie que face à la Géorgie (où on avait dû attendre la 67e minute pour voir une tentative). Or précisément, pour reprendre ma comparaison, c’est ce que font très TRES bien Xabi Alonso et Piqué avec la Roja. C’était à Abidal que revenait le rôle de Piqué, mais là sans grande réussite (7e, 16e).

Finissons tout de même la composition des Bleus pour rappeler qu’un quatrième changement est intervenu par rapport à la rencontre face à la Géorgie. Benzema pour Payet, Sissoko pour Pogba, Guilavogui pour Matuidi et… Evra pour Clichy au poste de latéral gauche.

 

Giroud

Ribéry – Valbuena – Payet

Pogba

Matuidi

Clichy – Abidal – Koscielny – Sagna

Lloris

Source : ActuDuSport.com

Source : ActuDuSport.com

Je dois malheureusement dire que Clichy ne s’est pas illustré en bien. C’est lui qui manque son contrôle et offre le corner du premier but géorgien. C’est à nouveau lui qui ne monte pas sur Kalachev et le laisse frapper dans un angle fermé, provoquant le 2e but géorgien (2-1 pour la Biélorussie, 57e). Certes, cela ne vient pas effacer les deux fautes de main de Lloris sur les deux réalisations. Mais on pardonnera plus aisément à Lloris tant il nous a sauvés à de nombreuses reprises par le passé, moins à Clichy. D’autant plus qu’il n’est plus systématiquement titulaire à Manchester City depuis le début de saison.

 

Verticalité et technique pour déstabiliser une équipe bien regroupée

 

Autres caractéristiques de la Roja : la récupération haute, le jeu vertical et les tentatives de dribble dans de petits périmètres. La première période fut assez pauvre dans ces secteurs. Sur le jeu vertical, ces fameuses passes, au sol, rapides, qui permettent de franchir le premier rideau défensif d’une équipe, Koscielny s’y est essayé (10e). Sans succès. Là, clairement, il a manqué Cabaye, Diaby et leur qualité de passe sans égale en équipe de France dans l’axe. Même si à mon sens Pogba aura, à terme, cette capacité dans son jeu tant sa progression semble constante.

 

Devenu n°8 et plus seulement relanceur en 2e période, Pogba sera à l’origine de la seconde égalisation française. Une récupération dans la moitié de terrain biélorusse (enfin !) puis un service pour Valbuena côté droit. Le Marseillais centre, la défense biélorusse n’étant pas replacée, Giroud laisse passer au premier poteau pour Ribéry qui égalise au deuxième poteau (2-2, 64e).

 

Source : LeParisien.fr

Source : LeParisien.fr

Le jeu français a définitivement pris un faux-air ibérique après l’entrée en jeu de Samir Nasri (61e). C’est donc sur une action très technique, dans un tout petit périmètre, que le Citizen a débloqué la situation pour la France. Petit jeu Ribéry-Valbuena-Nasri avec finalement l’ancien Marseillais qui frappe à ras de terre sans force mais avec une précision chirurgicale. 3-2 pour la France (70e).

 

Le dernier but aurait été anecdotique s’il n’avait été marqué par Pogba à l’issue d’un corner joué en deux temps où ce fut Valbuena qui mit dans la boîte, 4-2 (73e).

 

Ribéry, le leader tant attendu

 

Alors bien sûr, ces quatre buts inscrits entre la 47e et la 73e (soit en moins d’une demi-heure) ne feront pas oublier la famine de buts des Bleus qui s’est prolongée pendant 526 minutes. Ribéry fut le dernier buteur face à la Géorgie (il y a donc plus de 5 matchs) et il fut à nouveau celui qui débloqua la situation en égalisant deux fois hier.

 

Source : L'Express.fr

Source : L’Express.fr

Auréolé du titre de meilleur joueur européen de l’année, vainqueur de la Ligue des Champions avec le Bayern au printemps, le milieu bavarois est désormais, à 30 ans, le patron des Bleus. Il a d’ailleurs régulièrement replacé ses partenaires, parfois même en s’agaçant de leur nonchalance.

 

Par ailleurs, l’exceptionnelle disponibilité de Valbuena (passeur décisif sur le 2e but et presque sur le 4e), la puissance et l’envie de Pogba (à l’origine des deux premiers buts et à la conclusion sur le 4e) mais aussi la qualité technique de Nasri (buteur sur le 3e) sont autant de raisons d’être très optimiste sur l’avenir tactique de l’équipe de France.

 

La France a joué avec les jambes tremblantes ces deux rencontres en Europe de l’est. Mais une fois la partie renversée en Biélorussie, les Bleus se sont libérés. En témoignent ces deux reprises complètement loupées, mais tentées, par Matuidi (77e) et Valbuena (82e).

 

On peut gagner sans que l’avant-centre soit aussi le buteur

 

Source : L'Express.fr

Source : L’Express.fr

Il n’est pas besoin d’un grand buteur devant si les milieux sont capables de marquer. Là encore, pour devenir championne d’Europe l’an passé, l’Espagne a joué avec Fabregas en avant-centre « fantôme ». Il ne faut donc pas s’inquiéter du manque de rendement d’un avant-centre. Giroud a été bien plus efficace dans un rôle de pivot (1er but), de leurre (2e but), ou bien même en n’étant pas dans la surface et donc en gênant le placement de la défense centrale (3e but). On regrettera simplement son incapacité à jaillir au premier poteau (9e min) alors qu’il le fait si bien à Arsenal. De la même manière, cela remet en perspective le nombre de passes décisives conséquent de Benzema et relativise son incapacité à conclure avec les bleus depuis quinze matchs, puisque le jeu de la France est finalement basé sur la qualité de son milieu de terrain et pas de son avant-centre (ou de ses deux attaquants).

 

En tout cas, le positionnement plus haut de Pogba qui est vraiment venu percuter, récupérer plus haut en deuxième période fut décisif. Tout comme l’entrée en jeu de Nasri. Deschamps peut donc être satisfait de ses choix tactiques. Lloris ne prendra pas deux buts à chaque match et si son équipe conserve cet allant, elle peut même croire en ses chances de battre n’importe quel adversaire en barrages (y compris le Portugal ou la Russie). Un barrage pratiquement assuré aujourd’hui même s’il faudra, auparavant, battre la Finlande mi-octobre lors du dernier match du groupe I de ces qualifications. Pour la confiance.

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